"Micro-Hebdo" de l'UBE  -  n° 98
1er septembre
2007
 

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prochain "Micro-Hebdo" diffusé le 1er octobre 2007



Actualités de l'UBE


Mise à jour mensuelle du site

Rubrique Actualités 
mise à jour de l'agenda : mois de septembre, octobre et novembre 2007
 


Le programme des cours de l'année 2007-08
est consultable sur notre site

Programme des cours 2007-08

Les inscriptions auront lieu à partir du 10 septembre
et les cours reprendront au mois d'octobre 2007

*

"Journées Portes ouvertes"
au "Forum 104" : 104 rue de Vaugirard 75006 Paris
samedi 29 septembre 2007
à partir de 12 h

avec une conférence-débat
"Le bouddhisme, un art du bonheur ?"
de 16 h à 18 h
(entrée libre et gratuite)

 

 


Autre rendez-vous...

L'UBE tiendra un stand
à la grande Pagode du Bois de Vincennes
40 route circulaire du Lac Daumesnil 75012 Paris (M° Porte Dorée)

samedi 22 et dimanche 23 septembre 2007

de 11 h à 18 h

à l'occasion du
8e festival culturel du Tibet
et des peuples de l'Himalaya

plus de renseignements

 

 

 



Actualité du bouddhisme
(quelques rendez-vous, extraits de l'
agenda)
 

 

jeudi 6 et jeudi 20 septembre
Paris
Les facteurs perturbateurs de base de l’Esprit  et la mise en œuvre de leurs antidotes. Conférence à 19h du vénérable Géshé Lobsang Yéshé. Lieu : Le Forum 104, 104 rue de Vaugirard 75006 Paris. Renseignements : Thar Deu Ling (école : Guéloug), 68 rue Archereau 75019 Paris Tél. 01.43.67.79.39 / 01.53.60.05.25.

samedi 8 et dimanche 9 septembre
Canton de Vaud (Suisse)
Méditation Vipassana guidée par Anne Michel, organisée par l'association Vimalakirti. Lieu : Les Rasses St Croix. Renseignement : anne3michel@freesurf.ch et Centre Vimalakirti, (inter-écoles Theravada et Mahayana), 5 rue du Colombier 1202 Genève, CH, Suisse. Tél. (00.41) 22-345.12.53.

du vendredi 14 au dimanche 16 septembre
Isère
Amour et compassion dans la relation concrète à autrui,
stage animé par Alain Duhayon. Renseignements : Karma Migyur Ling (école Karma-kagyü), Montchardon, 38160 Izeron. Tél. 04.76.38.33.13.  

samedi 15 septembre
Paris
Introduction au Bouddhisme de 16 à 18 h. Renseignements : Centre Bouddhiste de l'Ile de France, 25 rue Condorcet 75009  Paris. Tél 01 44 53 07 31.

lundi 17 septembre
Gironde
Apprendre à méditer, atelier animé par Eric Romeluère à 14h. Lieu : Dojo Zen Bordeaux, 6, rue Pierre Noguey 33000 Bordeaux. Renseignements : Un Zen Occidental, 55 rue de l'Abbé Carton 75014 Paris (siège social). Tél. 01 40 44 53 94 ou par courriel.

mardis 18 et 25 septembre
Paris
C
ommentaire du texte "La lettre à un ami" du pandit indien Nagarjuna, enseignement du Vénérable Dagpo Rimpotché, à 18 h 45. Lieu : Forum 104, 104 rue de Vaugirard 75006 Paris. Tél : 01.45.44.01.87. Renseignements : Institut Ganden Ling (école : Guéloug), Chemin de la Passerelle 77250 Veneux-les-Sablons. Tél. 01.64.31.14.82.

mercredi 19 septembre
Bruxelles (Belgique)
La sagesse comme principe féminin, enseignement par Lama Karta. La nature ultime de l’esprit n’est ni masculine ni féminine. Quelle est la définition exacte de la « sagesse » dans le bouddhisme ? Renseignements : Institut Nalanda (école Karma-kagyü, affilié à l’Institut Yeunten Ling), 48-50 rue de l'Orme, 1030 Bruxelles (Belgique) Tél. (00.32) (0)26-753.805.  

du jeudi 20 au jeudi 27 septembre
Alpes maritimes
Sesshin zen sôtô. Renseignements : Monastère Ei Tai Ji, (école : Zen sôtô). Le Rocher de la Baume 06260 La Rochette. Tél. 04.93.05.80.34. Contact : Manuel Dematos 04 93 05 80 34.

dimanche 23 septembre
Paris
Journée d'étude et de méditation dans la tradition Theravâda, animée par Michel-Henri Dufour. Lieu : 14 rue Philibert Lucot 75013 Paris, de 14 h à 17 h 30. Renseignements : Association Bouddhique Theravâda "Vivekârâma", c/o Michel-Henri Dufour, 22 rue de la Grange Aubel 71000 Sancé. Tél. 03.85.20.14.42.  

samedi 29 et dimanche 30 septembre
Paris
Introduction à la philosophie et à la psychologie bouddhistes
. Renseignements :
Institut Tarab France, c/o Claudine Martial et Paolo Chaves, 72 av. Jean Jaurès, bat 4, 92290 Chatenay-Malabry. Tél. 01.76.10.17.91.   

 


 

Les pratiques "préliminaires"
selon le bouddhisme tibétain
 

Dans le bouddhisme tibétain, il est d’usage, avant d’aborder la pratique des tantra, d’effectuer des pratiques préliminaires appelées ngöndro. Ces préliminaires sont destinés à préparer le terrain et à purifier l’esprit mais, comme le disent bon nombre de maîtres contemporains, bien qu’appelées « préliminaires », ces pratiques n’en sont pas moins capitales et contiennent en elles-mêmes l’essence du Dharma.
Il existe deux sortes de préliminaires : les préliminaires "communs" et les préliminaires "spécifiques" au Vajrayâna.
Les préliminaires communs constituent une réflexion de base qui prend pour support des points-clés de l’enseignement du Bouddha dans le but d’éveiller le renoncement chez le pratiquant débutant. Ce sont les « Quatre Pensées qui détournent l’esprit du samsâra » : elles doivent être menées en profondeur jusqu’à ce que s’élève un profond sentiment de tristesse et de dégoût vis à vis du samsâra et sont d’une extrême importance pour la suite du Chemin, car sans elles, la motivation et la détermination à suivre la voie de l’Eveil sont faibles et aisément balayées par les circonstances.
Les préliminaires extraordinaires comportent cinq pratiques essentielles : la prise de refuge, le développement de l’esprit d’Eveil ou bodhicitta, la purification de Vajrasattva, l ’offrande du mandala et la pratique du guru-yoga.
Pour découvrir les principaux aspects des « préliminaires communs », nous vous proposons ci-dessous un enseignement du Vénérable Kyabjé Kalou Rinpoché.

[ => pour connaître la biographie du Vén. Kyabjé Kalou Rinpoché, sur le site du centre Kagyu Dzong]

 


 

 Les Quatre Préliminaires Communs

Enseignement de Son Eminence Kyabjé Kalou Rinpotché


 


Les quatre préliminaires sont dits "communs" car ils sont, au Tibet, utilisés par toute les lignées (Nyingmapa, Sakyapa, Kagyupa et Guélougpa) et, au-delà même du Tibet, ils constituent un fondement partagé par toutes les écoles bouddhistes. Sans s'imprégner de ces quatre réflexions, on ne peut pas véritablement comprendre quelle est la nécessité du Dharma et quelle est sa fonction.
Ce sont les quatre idées qui tournent l'esprit vers la religion. Nous sommes encouragés à les méditer, à réfléchir à leur signification et à la façon dont elles affectent notre vie. Il est présumé qu'une fois que nous avons tout à fait intériorisé ces pensées, notre esprit se détourne des préoccupations mondaines à court terme et s'oriente vers celles à long terme de la religion, ce qui nous fournit une base pour un engagement toujours plus profond dans la pratique du Dharma.

Voici ces quatre pensées :

1) Le précieux corps humain, qui donne une juste appréciation de la valeur unique de l'existence humaine. L'existence humaine est unique car les facultés physiques, verbales et mentales d'un être humain sont exceptionnelles et le nantissent de qualités uniques pour choisir et vivre une action constructive. La naissance humaine a de la valeur parce que l'Etat de Bouddha (existence illimitée dotée d'une valeur ultime) peur être apprécié et réalisé plus facilement par un être humain que par n'importe quel autre.

2) L'impermanence nous confronte à l'imminence de la mort et au simple fait que nos espoirs de faire durer nos jouissances actuelles au-delà du moment présent sont sans fondement. Nous sommes exhortés à utiliser notre crainte de la mort comme motivation pour notre pratique du Dharma. La religion n'est pas présentée comme échappatoire à la mort, mais comme antidote aux expériences effrayantes qui, habituellement, précèdent, accompagnent et suivent la mort.

3) La loi du Karma (l'action, la cause et les effets). selon la doctrine bouddhique du karma, une action est tout ce que l'on fait, dit ou pense. Une cause est l'émotion ou l'intention qui motive un acte. Un effet est une expérience qui provient d'un acte et de son intention. Les effets sont rarement vécus avant la vie suivante ou même beaucoup plus tard.

4) La nature défectueuse du samsara nous conforte dans la condition croissante que la Libération est le seul but véritable. L'existence samsarique est dévalorisée systématiquement. On découvre que tous ses aspects sont emplis de souffrance et dépourvus de satisfaction durable. Même le monde humain, exalté auparavant comme le plus richement pourvu, est présenté comme celui qui contient la plus grande variété de souffrances.

 

La Précieuse Existence Humaine
 

  

    « Le premier élément de méditation concerne la précieuse existence humaine,
    dotée de chaque liberté et de chaque chose. Elle est difficile à obtenir et peut être facilement détruite,
    ainsi, « maintenant » est le moment de la rendre pleine de sens. »
    Atisha Dipankara


Nous possédons maintenant la précieuses existence humaine, caractérisée par huit libertés et dix qualifications. Il serait trop long d’examiner ici en détail ce que sont ces libertés et ces acquisitions. On peut, pour ce faire, se reporter à des ouvrages comme "L’Océan de la certitude", le "Flambeau de la certitude", la "Voie progressive des trois types d’individus" ou "L’Ornement de la libération".

Déficiences du monde animal

Les possibilités d’existence se répartissent en six classes, dont quatre ne sont pas perceptibles par nos sens : les enfers, les esprits avides, les demi-dieux (asoura) et les dieux. Nous ne communiquons qu’avec les hommes et les animaux, encore que, parmi ces derniers, certaines espèces, restent invisibles, bien qu’évoluant dans le même environnement que les poissons, les tortues ou certains insectes. D’autres animaux sont plus proches de nous par leur morphologie, qu’ils soient sauvage comme les tigres, les léopards, les biches, etc. ou domestiques, comme les chiens, les chats, les vaches, les chevaux...
Les animaux ont ceci en commun qu’ils ne peuvent ni comprendre ce que nous leur disons ni exprimer ce qu’ils voudraient dire, si ce n’est à un degré très rudimentaire. Leur esprit est enveloppé d’une opacité qui les prive de ces facultés. Ils ne peuvent pas d’avantage développer la foi, la dévotion, la compassion ou la connaissance transcendante, qualités qui mènent vers les mondes supérieurs et vers la Libération. Si vous parlez de dévotion et de compassion à un animal, ce sont des notions qu’il ne peut saisir. Il est, par contre, inutile de lui enseigner la colère, l’agressivité ou le désir : ces défaut sont naturellement présents dans son esprit.
Les possibilités de développement spirituel des animaux sont quasiment nulles car ils ne peuvent accumuler du mérite par des actes physiques comme les prosternations ou l’offrande du mandala, ni par la parole en récitant des mantra ou des prières ; leur esprit ne peut pas non plus cultiver la foi ou la sagesse. Leur existence est affectée de limitations beaucoup pus grandes que celles des humains : non seulement il leur est très difficile de se protéger des dangers et des difficultés qu’ils rencontrent, mais ils n’ont pas la possibilité d’accomplir des actes vertueux qui leur assureraient le bonheur et le bien-être dans les vies futures. Le plus souvent, au contraire, ils tuent, ils volent, ils accomplissent de nombreux actes négatifs qui sont la cause de souffrances à venir. On peut, pour ces raisons, qualifier d’inférieure l’existence animale.
Comparée à la leur, notre situation est bien préférable. Nous possédons la capacité de comprendre ce qui nous est dit, d’exprimer ce que nous voulons et de discriminer entre ce qui est positif et négatif. Pourvu d’un bon support d’existence, nous faisons partie des mondes supérieurs.

Trois catégories d’humains

Encore faut-il apporter des nuances à cette vision générale de la condition humaine. Il est possible en effet de répartir les humains en trois catégories :

  • La première regroupe les hommes qui ne suivent aucune voie spirituelle et commettent sans cesse des actes négatifs. C’est une existence humaine funeste dans la mesure où elle conduira nécessairement à renaître dans des mondes où la souffrance est très grande.
  • La deuxième concerne ceux qui ne pratiquent pas non plus de voie spirituelle, mais n’accomplissent rien de très négatif ni rien de très positif. Leur existence est moyenne car elle conduira à renaître dans une condition moyenne, ni très heureuse ni très douloureuse.
  • La troisième catégorie s’applique à ceux qui connaissent le Dharma, ont rencontré des maîtres et suivent leurs enseignements. Dans ce cas, l’existence humaine est dite «précieuse».

Certaines matières comme l’or et le diamant sont regardés comme précieux parce qu’ils permettent, grâce à leur valeur marchande, d’acquérir tout ce que l’on veut. De la même manière, la vie humaine passée au service du bien et de la pratique spirituelle est précieuse non pas parce qu’elle engendre des possessions matérielles, mais parce qu’elle prépare des richesses beaucoup plus grandes : le bonheur et la libération.
A la valeur de cette existence s’ajoute sa rareté. On dit traditionnellement que les humains ordinaires sont aussi nombreux que les étoiles qui brillent la nuit dans le ciel, tandis que ceux qui possèdent la précieuse existence humaine ne sont pas plus fréquents que les étoiles du ciel diurne. Sans même nous référé à cette comparaison, il nous est facile de regarder autour de nous et de voir combien peu de gens sont engagés sur une voie spirituelle. Réfléchissons simplement à la ville où nous habitons et nous constaterons rapidement la rareté de ce type de personnes.

Ne pas gaspiller

La précieuse existence humaine n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat de la pratique des actes positifs dans nos vies antérieures ainsi que d’une connexion s’étant déjà établie avec le Dharma. Nous possédons maintenant cette condition de vie extraordinaire ; il est nécessaire de prendre pleinement conscience de sa valeur pour lui donner tout son sens. C’est pourquoi il nous faut réfléchir aux libertés et aux qualifications qui la caractérisent, réfléchir aussi à la condition des autres êtres, les enfers, les esprits avides, les animaux, les demi-dieux et les dieux, afin de mieux saisir, par comparaison, le caractère exceptionnel de notre situation. Sachons bien que nous la gaspillons si nous ne l’utilisons par pour pratiquer le Dharma.

 

L’Impermanence

    « Deuxièmement, l’univers, et tout ce qui y vit est impermanent -
    en particulier la vie des êtres qui est comme des bulles d’eau.
    Le moment de la mort est incertain, et lorsque vous mourrez, vous deviendrez un cadavre.
    Le Dharma vous aidera à ce moment, pour cette raison, pratiquez-le avec assiduité maintenant. »
    Atisha Dipankara


Bien que précieuse, notre existence n’est pas éternelle ; elle est soumise à l’impermanence.

Un flot incessant

L’impermanence caractérise tous les phénomènes : autant l’univers que les êtres qui les peuplent. La succession des saisons nous en donne un exemple frappant : printemps, été, automne, hiver offrent l’incessant spectacle du changement. Plus courtes sont les durées que nous observons, moins l’impermanence est manifeste. Elle est pourtant présente d’instant en instant : l’année ne peut exister sans les douze mois qui la composent, les mois sans les jours, les jours sans les heures, les heures sans les minutes, les minutes sans les secondes, etc. Dans cette succession ininterrompue se déroule et s’épuise notre vie.
Lorsqu’elle arrivera à son terme, quelle qu’en soit la durée, si nous ne l’avons pas mise à profit, la précieuse existence humaine aura simplement disparu. Il n’en restera rien. si nous ne nous appliquons pas maintenant à la pratique du Dharma, il sera rapidement trop tard. L’occasion aura été perdue irrémédiablement.

La fin d’un rêve

D’un certain point de vue, les préoccupations temporelles ne sont pas totalement vaines : nous avons besoin de nous nourrir, de nous vêtir et de nous loger. Tout ceci requiert une activité. Il serait cependant indu d’accorder aux affaires de ce monde une importance trop grande. Nous aurons beau, au cours de cette vie, avoir accumulé les biens matériels les meilleurs, lorsque la mort viendra, nous ne pourrons rien n’emporter avec nous. Nous devrons tout laisser. Notre vie sera comme un beau rêve qui se termine : rien de ce qu’il contenait ne nous accompagne. Milarépa disait : «Par peur de la mort et de l’impermanence, j’ai fui dans les montagnes. J’y ai médité et j’ai atteint l’état qui transcende la mort et l’impermanence».
L’impermanence ne procède pas par à-coup mais s’inscrit dans la succession des instants. Prenons une personne âgée de soixante dix ans. Cette personne est vieille, mais cela ne signifie pas que cette vieillesse se soit produite à un moment déterminé. Le processus de sénescence s’est déroulé d’une manière ininterrompue tout au long de sa vie.

Ne jamais oublier...

Lorsqu’on est pris par de nombreuses activités dans ce monde, soumis à de multiples sollicitations, il est essentiel de ne jamais perdre le souvenir de l’impermanence, de se rappeler que la mort ne saurait manquer de venir et qu’il faut profiter du temps qu’il nous reste. Si nous reprenons l’exemple de Milarépa, il connut au cours de sa vie des période où il souffrait d’un froid extrême, d’un cruel manque de nourriture ou de menaces pesant sur sa vie. Jamais il n’en fut découragé. Il pensait : «Que j’aie froid, que j’aie faim ou que je meure, tout ceci est secondaire. Ce qui importe c’est que maintenant, avant que l’impermanence m’emporte, je pratique la méditation».

Djikmé Lingpa ne répare pas les marches

L’histoire de Djikmé Lingpa illustre parfaitement le souci de l’essentiel. Il vivait en retraite dans une grotte à laquelle on accédait par des marches. Or, celles-ci, au fil des ans, s’étaient considérablement dégradées si bien que Djikmé Lingpa songeait parfois à les réparer. Chaque fois que cette pensée lui venait dans sa grotte, loin de la suivre, il se disait : «Si j’entreprenais ces travaux maintenant et que la mort venait, j’aurais perdu mon temps. Il vaut mieux que je médite. Quand, dehors, la même pensée se présentait encore à son esprit, il pensait : Et si la mort était proche ? Mieux vaut que je rentre méditer.» Ce souvenir de l’impermanence lui a procuré suffisamment de diligence pour qu’il puisse obtenir la réalisation.
Soyons nous-mêmes convaincus de la possibilité de notre mort prochaine. Nous échapperons à coup sûr à l’attrait qu’exerce les distractions du monde extérieur et nous mettrons beaucoup d’énergie dans notre pratique.
Nous savons bien que la vieillesse, la maladie et la mort existent, mais nous pensons qu’elles viendront plus tard et que nous avons le temps. Nous ne pouvons nous empêcher d’accorder au monde et à nous-mêmes une certaine permanence. Lorsqu’on s’engage sur la voie du Dharma, on apprend au contraire à reconnaître que tout est impermanent.

 

La Loi du Karma

    

    « Troisièmement, après votre décès, vous aurez à expérimenter votre propre karma,
    sans que vous n’ayez aucune manière de contrôler ce qui se passe.
    Ainsi, abandonnez les actes nuisibles - tout votre temps devrait être consacré à la pratique de la vertu.
    En réfléchissant à ceci, évaluez votre vie quotidiennement.»
    Atisha Dipankara


Etymologie

Après avoir compris l’occasion exceptionnelle que nous donne la précieuse existence humaine et après avoir pris conscience de sa nature transitoire, il nous faut connaître les règles qui régissent son usage et donc d’étudier la loi infaillible du Karma. L’expression tibétaine qui la nomme, composée de trois mots (lé-gyou-dré), en comprend le principe :

  • signifie «acte», dans un sens élargi à toute notre personnalité : ce que nous faisons par notre corps, notre parole et notre esprit ;
  • gyou signifie «cause» : tous nos actes, positifs ou négatifs, laissent dans notre esprit une empreinte qui est la cause d’un évènement à venir ;
  • dré signifie «résultat» : procédant de la cause positive ou négative, les actes produisent un résultat correspondant sous la forme d’une situation heureuse ou douloureuse.

La loi du Karma signifie donc que nos actes sont des causes engendrant, selon leur nature, des résultats définis.

Négatif et Positif

Les actes sont dits négatifs quand leur résultat sera, pour leur auteur, souffrance dans l’avenir. Leur nature est décrite en détail dans différents textes, mais on les résume à dix :

  • Trois actes négatifs du corps :
    • ôter la vie,
    • prendre ce qui n’est pas donné,
    • avoir une conduite sexuelle incorrecte ;
  • Quatre actes négatifs de la parole :
    • le mensonge,
    • les paroles blessantes,
    • les propos créant la discorde,
    • les paroles oiseuses ;
  • Trois actes négatifs de l’esprit :
    • la convoitise,
    • la malveillance,
    • les vues erronées.

Inversement les actes sont dits positifs quand ils entraînent le bonheur à venir de leur auteur. Ils sont le contraire des dix actes négatifs : protéger la vie eu lieu de tuer, cultiver la bienveillance au lieu de la malveillance, etc.
Les actes négatifs conduisent d’une manière générale à renaître dans les mondes inférieurs, les esprits avides et les animaux. Les actes positifs produisent des renaissances dans les mondes supérieurs : les hommes, les demi-dieux et les dieux.

Le présent fruit du passé

Si nos actes présents conditionnent nos vies à venir, nos actes passés conditionnent notre vie actuelle. Le fait que nous possédions une existence humaine est, par exemple, le résultat d’actes positifs passées. mais si nous sommes, au cours de cette vie, souvent malade et si nous sommes appelés à mourir jeune, nous pouvons en déduire que nous avons tué ou blessé.
La variété des destins humains est extrêmement grandes : certains ont une vie courte, d’autres une vie longue ; certains jouissent d’une bonne santé, d’autres souffrent d’une complexion maladive ; certains sont riches, d’autres pauvres. La plupart des gens ne voient pas d’explication à cette diversité. «C’est ainsi», pensent-ils simplement. En réalité, le hasard n’y est pour rien : la disparité des destins est due à la disparité des karma. De nombreuses histoires ont pour but de l’illustrer.

Les épis d’or

A l’époque du Bouddha, vivait en Inde un couple âgé qui avait passé toute sa vie à travailler. L’homme et la femme avaient beaucoup de foi dans le Bouddha ainsi qu’une grande confiance dans le Dharma, mais le temps leur avait manqué pour le pratiquer.
Se voyant bien vieux, ils se dirent : «Nous n’avons guère pu nous consacrer au Dharma ; il faudrait, avant de mourir, que nous accomplissions un acte qui nous permette d’accumuler beaucoup de mérite.» Comme ils n’étaient pas bien riches, ils n’avaient pas grand chose à offrir. après avoir bien réfléchi à ce qu’ils pouvaient faire, ils décidèrent d’inviter pour un repas Sharipoutra, l’un des plus grands disciples du Bouddha et de lui faire des offrandes.
Ainsi firent-ils. Cet acte tout simple provoqua un grand changement dans leur vie. Ils possédaient en effet un petit champ ; or, ne voilà-t-il pas que désormais le riz qu’ils cultivaient donnait des épis d’or !
La nouvelle de ce prodige se répandit rapidement et ne tarda pas à venir aux oreilles du roi. Celui-ci, quelque peu incrédule, fit procéder à une vérification : oui, c’était bien de l’or. Ebloui par un tel trésor, le roi ne put résister à la tentation de s’en emparer. Il décréta qu’il donnerait ses propres champs au vieux couple et qu’en échange le champ en épis d’or lui reviendrait. Force était de lui obéir.
Malheureusement pour lui, si le champ lui appartenait désormais, le mérite restait celui des vieillards, si bien qu’à peine l’échange effectué, le petit champ se mit à redonner des épis ordinaires tandis que les nouvelles propriétés du couple produisirent de l’or à leur tour. Dépité, le roi décida un nouvel échange en sens inverse. L’or regagna aussitôt ses premiers épis. Sept fois de suite, le roi ordonna l’échange, sept fois de suite l’or se rangea du côté des vieillards.
Le roi dut admettre qu’il ne pouvait en être le propriétaire. Seul le karma positif des deux vieillards produisait de l’or sur les épis, faute de quoi on ne pouvait récolter que du riz.

Le Bouddha a énoncé 84.000 types d’enseignements. Leur fondement est la loi du karma. Il est indispensable de la comprendre, d’admettre sa validité et de mettre tout en oeuvre pour abandonner les actes négatifs et pratiquer les actes positifs.

 

La Nature Douloureuse du Samsara

    

    « Nous sommes constamment tourmentés par les trois sortes de souffrance.
    Pour cela, les endroits samsariques, les amis, les plaisirs et les possessions
    sont comme une partition qui serait donnée à un exécutant
    qui nous amènerait ensuite à l’endroit où nous serions exécutés. »
    Atisha Dipankara


Bien comprendre le karma et se servir de cette compréhension pour se détourner du samsara implique que l’on perçoive comment il engendre les souffrances des six classes d’êtres. La quatrième réflexion préliminaire nous conduit à prendre conscience de ces souffrances, à nous imprégner à l’idée que le samsara est défectueux par nature, car il n’échappe jamais au jeu de la souffrance.

Souffrances des mondes inférieurs

Les enfers constituent le monde le plus douloureux qui existe. On décrit traditionnellement dix huit sorte d’enfers, huit grands enfers brûlants, huit grands enfers glacés, les enfers périphériques et les enfers occasionnels, qui se distinguent par la variété et l’intensité des tourments éprouvés. Karmiquement, les enfers son principalement provoqués par la haine et la colère ainsi que par l’acte de tuer. De nombreuses autres causes peuvent cependant aussi les engendrer.
Les esprits avides, deuxième des six mondes, sont affligés d’un très grand nombre de souffrances dont la principale est d’être continuellement tourmentés par une faim et une soif insatiables. Le vol et la possessivité sont les causes qui conduisent à y renaître.
Les animaux se répartissent en animaux visibles et animaux invisibles, comme les naga. La renaissance dans le monde animal est induit par l’aveuglement, plus particulièrement par l’absence de perspectives spirituelle et le refus de la validité de la loi du karma. Enfers, esprits avides et animaux constituent les trois mondes inférieurs.

Souffrances des mondes supérieurs

Les hommes forment le premier des trois mondes supérieurs. Les souffrances, pour être moins intenses, n’en sont pas moins présentes. On en compte quatre principales : la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort. Celles-ci sont cependant accompagnées d’une nombreuse suite, notamment, les souffrances de ne pas obtenir ce que l’on veut, d’être dépossédé de ce que l’on possède, d’être séparé de ceux qu’on aime et d’être associé à ceux qu’on aime pas. Les textes répertorient et décrivent en détail toutes les difficultés que rencontrent les humains, mais notre propre expérience suffit à nous en donner une idée vivante et précise.
Quant aux demi-dieux et aux dieux, ils souffrent pour les premiers de querelles et de conflits continuels et, pour les seconds, de la chute et de la transmigration.
Si nous ne tirons pas maintenant profit de notre précieuse existence humaine, il nous sera impossible de progresser vers les mondes supérieurs et vers la libération. Nous resterons inéluctablement prisonniers du samsara. Nous en prendrons conscience en connaissant les souffrances des différentes classes d’êtres et plus encore en observant les nôtres et celles des personnes qui nous entourent. Voyant que, dans le samsara, personne n’échappe à la souffrance, nous nous tournerons vers le Dharma avec beaucoup d’énergie.

La souris et la turquoise

Langri Tangpa, un très grand Lama du Tibet, pensait continuellement aux souffrances des êtres prisonniers du samsara si bien que personne ne l’avait jamais vu rire, ni même sourire. Il avait gagné le surnom de «Langri Tangpa grise mine». Au cours d’un rituel, il procédait à une offrande de mandala et il avait posé devant lui la base sur laquelle était placée, au milieu des grains de riz, une grosse turquoise. Une souris vint à passer par là et, plutôt que de choisir le riz, voulut emporter la turquoise. Mais la turquoise était grosse, la souris était petite, si bien qu’elle ne parvenait pas à ses fins. Après diverses tentatives, elle poussa un cri perçant ; aussitôt, une autre petite souris vint à la rescousse. La première souris se mit à pousser, la seconde à tirer, de sorte qu’elles réussirent à dérober la pierre bleue. Langri Tangpa fut si amusé par ce spectacle qu’il éclata de rire. Un disciple qui ne se trouvait pas loin n’en crut pas ses oreilles : son maître avait ri, lui qu’on avait jamais entendu rire de sa vie ! Qu’est-ce qui avait provoqué un événement si extraordinaire ? Il ne put se retenir d’aller le demander à Langri Tangpa. Deux petites souris se sont associées pour emporter une grosse turquoise, répondit celui-ci. C’était si drôle !

Trois erreurs

En tant qu’êtres ordinaires, nous commettons trois erreurs fondamentales sur le monde :

  • nous prenons pour permanent ce qui est impermanent ;
  • nous prenons pour bonheur ce qui est souffrance ;
  • nous prenons pour réel ce qui est irréel, tous les phénomènes n’étant qu’une projection de l’esprit, dénués de réalité en eux-mêmes.

Ces trois erreurs, nous empêchent de nous détourner du samsara. Se pénétrer des quatre réflexions que nous venons d’aborder nous permet au contraire de comprendre son caractère vain et de nous tourner vers la Libération.

Une nécessaire imprégnation

On pense parfois qu’il suffit de prendre connaissance de ces quatre idées, d’entendre les Lamas en parler ou de lire leur exposé dans les livres. Mais il est nécessaire d’aller plus loin : il faut méditer sur elles, y réfléchir, s’en pénétrer.
Prenons l’exemple de la précieuse existence humaine : il est nécessaire de comprendre quels facteurs la caractérisent, comment ces facteurs s’appliquent à nous, comment nous échappons à des conditions d’existence défavorables... Nous devons appliquer de la même manière notre réflexion personnelle aux quatre idées. En nous imprégnant des quatre préliminaires communs nous construisons le fondement qui fournira une assise solide à notre pratique et nous empêchera d’être emportés par la paresse et la nonchalance.

 

Pour en savoir plus


On trouvera la suite de cet enseignement de Kalou Rinpoché, consacrée aux "préliminaires spécifiques" à la voie du Vajrayâna, sur le site "Bouddhisme tibétain - avec Djinpa Puntso" :
http://perso.orange.fr/bouddhisme-tibetain/mapage4/index.html

On pourra aussi consulter, sur le même thème des quatre "préliminaires communs", un enseignement de Ringou Tulkou Rinpoché, sur le site du Centre d'études tibétaines de Samye Dzong (en Belgique) :
http://www.samye.be/fr/enseignement/enligne/ringu-4preliminaires.htm

Les éditions Dewatschang ont aussi publié Les pratiques préliminaires du bouddhisme tibétain, de Gueshé Rabten, 1998, réédition en 2002.