Textes annexes

Les textes annexes présentent des points de vue ou des compléments d'information permettant d'approfondir le contenu du cours théorique. Ils ne sont pas nécessaires à la compréhension du cursus général.

 

Texte annexe extrait de l'unité de cours n° 2
"Les fondements de la doctrine selon les écoles anciennes"

La réincarnation : une idée bouddhiste ou occidentale ?

Nombre d'Occidentaux qui disent s'intéresser au bouddhisme mettent en avant leur intérêt pour la théorie de la réincarnation. Le terme, pourtant, est a priori incompatible avec la doctrine bouddhiste !
Etymologiquement, la réincarnation suppose qu'une âme, forcément indépendante d'un corps, puisse s'incarner à plusieurs reprises dans des corps différents (ré-in-carner), ce que nie le bouddhisme avec sa présentation de l'individu comme composition de cinq agrégats (skandha) en perpétuelle recomposition conditionnée, unissant de façon indissociable la matière et l'esprit. C'est pourquoi l'on utilise de préférence le terme de "re-naissance".

Mais l'idée la plus incompatible avec l'ensemble des religions indiennes (et pas seulement avec le bouddhisme) est celle qui présente le cycle des réincarnations comme "positif". Pour tout asiatique, hindouiste, jaïniste ou bouddhiste, le samsâra est un cycle infernal, sans finalité ni progression possible, auquel on souhaite pouvoir échapper définitivement !

Dans ses "Antimémoires", André Malraux notait :

L'opposition la plus profonde [entre l'Inde et l'Occident] se fonde sur ce que l'évidence fondamentale de l'Occident, chrétien ou athée, est la mort, quelque sens qu'il lui donne - alors que l'évidence fondamentale de l'Inde est l'infini de la vie dans l'infini du temps : "Qui pourrait tuer l'immortalité ?"
(Antimémoires, t. I, éd. Gallimard, 1967, p. 339)

Pour tout bouddhiste indien, le but suprême est de mourir définitivement, de ne plus jamais renaître.

"Dans la perspective bouddhique, la renaissance est un processus qui n'a rien d'agréable, mais tous les êtres non illuminés renaissent, qu'ils y croient ou non, que cela leur plaise ou non. Le cycle de la vie et de la renaissance ne contient aucune finalité inhérente, car il n'a été conçu et créé par personne. Pour qui en a une certaine compréhension, le seul but sensé est donc de s'efforcer tout d'abord d'éviter les mondes de renaissance les plus pénibles, et ultimement de transcender la totalité du cycle, et d'aider les autres à faire de même"
(Peter Harvey, in Le Bouddhisme, Enseignements, histoire, pratiques, éd. du Seuil, Paris, p. 60)

L'idée d'une "réincarnation positive" est en fait une invention de l'Occident, popularisée à la fin du XIXe siècle par les fondateurs de la Société de Théosophie, Helena Blavatsky et le colonel Olcott.

"Selon les théosophes, l'homme est un "Ego spirituel" qui, par la loi de causalité universelle du karma, se réincarne selon un processus d'évolution à travers une multitude d'existences. Ces réincarnations ont lieu sur différentes planètes (Mars précède la Terre, et Mercure la suivra) selon les sept différents âges d'évolution de l'humanité. Depuis environ un million d'années, nous sommes entrés dans le cinquième âge du quatrième monde. Le Bouddha est le plus grand initié de ce cinquième âge. (...) Au terme de ce parcours évolutif de plusieurs milliards d'années, tous les "Ego spirituels" incarnés atteindront le nirvana, c'est-à-dire qu'ils rejoindront le principe divin universel d'où ils sont issus."
(Frédéric Lenoir, in La rencontre du bouddhisme et de l'Occident, Fayard, Paris, 2000, p. 193)

Une telle théorie est un parfait exemple de syncrétisme entre des notions indiennes (Ego spirituel, principe divin universel et réincarnation), occidentales chrétiennes (parcours évolutif) ou issues des pensées grecques de l'Antiquité (les différents âges), et enfin de croyance en une vie extra-terrestre... Bien que leurs auteurs fassent référence explicitement au Bouddha, la majorité des concepts énoncés ici sont en complète contradiction avec la doctrine bouddhiste !