Texte commenté
Chaque module s'achève par un ou plusieurs textes,
assortis d'un commentaire suivi. Il s'agit d'illustrer le cours théorique
en prenant appui sur la littérature bouddhiste ou sur des études
menées par des chercheurs occidentaux, afin de vous aider à
aborder plus facilement les livres disponibles.
Les commentaires peuvent porter sur le vocabulaire, des notions déjà
vues dans le cours ou des notions nouvelles, des indications sur le contexte
de l'écrit, des rapprochements et des comparaisons avec d'autres
textes, etc.
Extrait de l'unité de cours n°
9
"Les écoles du Chan/Zen"
Texte commenté : "Les règles de la méditation de Eihei Dôgen" (extrait)
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"Pour la méditation assise, il convient d'un lieu tranquille. Il faut y étendre un carreau épais. Sans laisser le vent ou la fumée y entrer ou la pluie ou l'humidité y pénétrer, on doit préservez l'endroit où l'on se tient. Autrefois, il y eut des exemples où l'on s'asseyait sur du diamant ou sur une pierre, mais tous s'asseyaient en disposant une épaisseur d'herbe. Le lieu où l'on s'assoit doit être clair et ne doit pas être sombre en journée ou le soir. La règle veut qu'il soit tempéré en hiver et frais en été."
La plupart des textes s'étendent généralement sur les conditions externes et internes à respecter, ici les recommandations sont des plus succinctes. Dans "Le recueil des points à observer dans la méditation" (Zazen yôjinki), Keizan précise de nombreuses conditions préliminaires à la pratique de la méditation, entre autres :
Tout se résume ici en "Pour la méditation assise, il convient d'un lieu tranquille". D'une manière générale, tout doit concourir à la neutralité sensorielle. D'où la précision : "Le lieu où l'on s'assoit doit être clair et ne doit pas être sombre en journée ou le soir. La règle veut qu'il soit tempéré en hiver et frais en été", Dôgen ne précise pas dans ce texte qu'il convient de méditer face à un mur, ce qu'il précisera dans un autre de ses livrets. Tout doit concourir au désinvestissement des sens décrit métaphoriquement par l'expression chan/zen "retourner son regard vers l'intérieur".
Dans ses différents textes relatifs à la méditation, Dôgen ne mentionne (presque) jamais de techniques de concentration et l'on est dans la quasi-incapacité de savoir ce qu'il proposait de faire (ou de se défaire) dans le processus méditatif. Différentes techniques préliminaires ont été apparemment utilisées au cours des siècles. Celles-ci permettent un désinvestissement du monde extérieur par un réinvestissement sur les processus internes mentaux ou corporels. Parmi tous ces processus, le bouddhisme a privilégié l'attention à la respiration : celle-ci est facilement accessible à la conscience, elle est neutre d'un point de vue affectif et elle peut se réguler. Les différentes techniques qui ont été utilisées dans le Zen et qui mettent en jeu la respiration sont :
Philip Kapleau, qui fut l'un des premiers occidentaux à introduire le Zen aux Etats-Unis, note que ces techniques simples ont pour but de s'immerger dans l'intériorité :
L'élève assis dans la posture immobile du zazen compte ses inspirations et ses expirations. C'est là la première étape du processus tendant à l'apaisement des fonctions du corps, à la neutralisation de la pensée discursive et au renforcement de la concentration. Ce contrôle du souffle selon un rythme naturel et sans contrainte assure en quelque sorte à l'esprit un échafaudage qui le soutient. (Les Trois piliers du Zen, Paris, Stock)
Alors que la respiration reste le seul support de concentration actuellement utilisée dans les écoles chan/zen modernes, il semble que d'autres techniques aient existé par le passé. Dans "Le recueil des points à observer dans la méditation", Keizan préconise explicitement de placer sa concentration en différents points du corps, sur les pieds, à la limite des cheveux dans le prolongement du nez, au bout du nez ou dans le bas-ventre et de préciser : "Habituellement, on doit déposer l'esprit dans la main gauche lorsqu'on s'asseoit. En s'asseyant longuement, certainement même sans le déposer, l'esprit naturellement ne se dispersera plus."
De toute manière, ces diverses concentrations sont le plus souvent considérées comme des techniques préliminaires. Certains maître, plus radicaux, les refuseront. Dôgen, dans l'un de ses textes en chinois rejette d'ailleurs les techniques respiratoires de concentration telles le décompte ou l'observation des inspirations et des expirations.
Le carreau (zaniku) est un coussin carré placé sur le sol et sur lequel reposent les genoux.
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