Cours théorique
Le cours théorique présente le vocabulaire et les notions indispensables à connaître afin de pouvoir aborder les cours suivants. La présentation générale est complété d'extraits de textes (traditionnels ou de chercheurs) qui permettent d'en mieux comprendre les subtilités, mais aussi de susciter votre réflexion.
extrait du cours théorique de l'unité
n° 1
"Le Bouddha Sakyamuni"
Un nom composé
Dans la littérature ancienne du bouddhisme, il est extrêmement
rare de trouver le terme de "bouddha" employé seul à
propos de Sakyamuni. Il existe en fait plusieurs formules stéréotypées,
selon que l'on parle de lui ou qu'on s'adresse à lui.
L'expression la plus fréquemment employée, dans un cas comme
dans l'autre, est celle de "Bhagavat" (Bienheureux). Quand plusieurs
personnes non-bouddhistes parlent ensemble du Bouddha, elles évoquent
généralement "le religieux Gautama, fils des Sakyas".
Mais la formule la plus complète et la plus usitée dans les
textes est la suivante :
"Il est le Bienheureux (Bhagavat), le Méritant (Arhat), parfaitement et pleinement éveillé (Samyaksam Bouddha), parfait en sagesse et en conduite, le Bien-allé (Tathâgata), le Connaisseur des mondes, le Guide suprême des êtres qui doivent être guidés, l'Instructeur des dieux et des hommes".
Le nom de "Bouddha Sakyamuni" est d'emploi plus récent, tout comme son "prénom" de Siddharta, qu'on ne trouvent guère dans les textes avant les premiers siècles de l'ère chrétienne.
On se trouve donc en présence de deux séries de noms :
Ces deux séries n'ont absolument pas la même valeur : "l'état-civil" est surtout employé dans les textes tardifs (à partir du début de l'ère chrétienne) ou, dans les textes anciens, par des personnes qui ne sont pas (ou pas encore...) ses disciples. En revanche, la série de qualificatifs est systématiquement employée, dès les textes anciens.
Pour ses disciples, le Bouddha n'est pas un homme ordinaire.
Ce qui leur importe, ce sont les caractéristiques qui le placent
au-dessus du commun, qui font de lui un homme "extra-ordinaire",
presqu'un "sur-homme". Alors que les non-disciples parlent de
lui ou s'adressent à lui en employant son nom de famille et son surnom,
qui font de lui un individu comme les autres, appartenant à une famille
et à un clan, occupant donc une place bien précise dans la
société indienne de son époque, très hiérarchisée.
Ainsi, le nom de Sakya le rattache à la caste des guerriers, les
Ksatriya, deuxième caste de la société indienne, celle
des chefs temporels et des rois, placée juste en-dessous de la caste
des Brahmanes, les chefs spirituels.
Peu de temps après son Eveil, le Bouddha décide de rejoindre cinq anciens compagnons avec lesquels il a pratiqué l'ascèse six années durant, avant de s'isoler pour poursuivre seul sa recherche.
"Quand ils eurent vu le Tathâgata assis, les cinq ascètes l'appelèrent par son nom personnel, Gautama, mais le Bouddha leur dit : "N'appelez pas le Tathâgata par son nom personnel, car je suis maintenant Arhat, complètement et parfaitement Eveillé. La puissance surnaturelle du Tathâgata est immense, il est le Vainqueur suprême. Si donc vous appelez le Tathâgata par son nom personnel, pendant très longtemps vous subirez d'intenses douleurs".
(extrait du Vinya des Dharmaguptaka, traduction d'André Bareau, in En suivant Bouddha, éd. Philippe Lebeau, Paris, 1985, p. 64-65)