On ne reconstruira pas les deux grandes statues
monumentales de la vallée de Bamiyan... ainsi en ont
décidé des experts internationaux et les autorités
afghanes, réunis à Kaboul le 29 mai dernier par
l'Unesco.
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Le
plus grand des deux Bouddhas de Bamiyan, haut de
55 mètres, tel qu'il apparaissait en 1995,
portait déjà les stigmates des premiers
envahisseurs musulmans...
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Depuis le mois de mars 2001
- date à laquelle les Taliban ont détruit
les vestiges, déjà fort endommagés,
des deux Bouddha monumentaux - plusieurs
projets de recontruction avaient pourtant été
envisagés. Le 17 mai dernier, le Vénérable
Hsintao, fondateur du « Musée des
Religions du monde » de Taipei (Taïwan),
proposait encore un don de 143.000 euros pour
financer de tels travaux. Mais l'Unesco a préféré
proposer aux autorités afghanes un projet
plus global de conservation du patrimoine, incluant
aussi de nombreux monuments islamiques anciens.
Ceux-ci peuvent encore être sauvés...
les Bouddhas, eux, ne sont plus désormais
qu'un tas de gravats ! Au cours des
vingt-cinq ans de guerre qui ont décimé
le pays, le site avait aussi été
largement pillé, les fresques qui ornaient
les niches et les grottes adjacentes volontairement
défigurées ou volées pour
être vendues à des collectionneurs
étrangers, et, sous le coup de grâce
porté par les Taliban, ce sont aujourd'hui
les falaises même qui menacent de s'effondrer
en partie ! « La reconstruction n'a
pas été estimée prioritaire,
a déclaré une responsable de l'organisation
internationale à l'AFP. En revanche,
un projet de consolidation des falaises, fragilisées
après le dynamitage des statues, et des
fouilles sur le site d'un troisième Bouddha
vont bientôt débuter. »
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C'est qu'il ne reste plus grand chose à
sauver à Bamiyan... sauf, peut-être, une statue
encore plus colossale !! Celle-ci représenterait un
Bouddha couché, en parinirvâna, et ne mesurerait
pas moins de 300 mètres de long ! Le philosophe Bernard-Henri
Lévy s'en était fait l'écho, lors de son
séjour à Kaboul en mars dernier... au grand dam
de la communauté scientifique qui craignait alors que
les pilleurs du patrimoine afghan ne les prennent de vitesse
et profitent de l'aubaine !
Mais que reste-t-il aujourd'hui de ce colosse
? Les archéologues sont persuadés que Ya-koub
ben Laïth, le premier conquérant musulman - et grand
destructeur - de Bamiyan, n'a pas détruit cette statue,
même si elle a dû être défigurée
(au sens propre du terme !) comme les deux autres statues géantes.
Selon Zémaryalaï Tarzi, ancien Directeur général
de l'archéologie et des monuments historiques d'Afghanistan
- qui enseigne aujourd'hui à la Faculté de Strasbourg
- ce troisième Bouddha serait resté protégé,
et enfoui depuis mille ans... Cependant, contrairement aux
deux grands Bouddhas debout - taillés à même
la falaise et simplement habillés de stuc - le troisième
a sans doute été entièrement réalisé
dans un mélange de briques et de pisé... S'il
demeure encore aujourd'hui, il ne doit plus en rester qu'une
forme oblongue assez dénaturée ! « Nous
pouvons raisonnablement espérer retrouver une bonne partie
du corps, confiait récemment Zémaryalaï Tarzi
au journal suisse « Le Temps ». En revanche, les
extrémités risquent fort d'avoir disparu. La valeur
historique de la statue n'en est pas moins grande. S'il se confirme
que le site n'abritait pas seulement l'un des plus hauts Bouddhas
du monde mais aussi le plus long, Bamiyan conforterait sa place
de très haut lieu de l'histoire orientale. »
Sur les traces d'un pèlerin chinois...
L'existence du troisième Bouddha est
attestée par le chinois Xuanzang, qui se rendit en pèlerinage
en Inde au VIIe siècle. Son Mémoire de voyage
donne de nombreuses indications sur le site de Bamiyan, dont
on a déjà pu vérifier la précision
grâce aux détails qu'il donnait aussi des deux
statues que l'on connaît. C'est, à vrai dire, la
seule source d'information dont on dispose pour retrouver le
troisième Bouddha... D'après monsieur Tarzi,
c'est une erreur de traduction qui n'a pas permis, jusqu'à
aujourd'hui, de découvrir les vestiges de cette troisième
statue : on se serait trompé sur les distances. Selon
les traducteurs, le site se trouverait en effet à 12
ou 13 «lis»... ou bien à 2 ou 3 «lis»
à l'ouest, c'est-à-dire à 7 km ou à
1,5 km ! Il y a vingt-cinq ans de cela, alors qu'il résidait
encore à Kaboul (avant l'invasion soviétique),
il avait lui-même effectué des recherches et reste
persuadé que les sondages qu'il n'a pas eu le temps d'effectuer
lui permettraient d'atteindre au but...
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