La "Lettre de l'UBE" n° 14
    juin 2002
     

    Une école  méconnue en France : le Yungdrung-Bön
    Jean-Paul Ribes
     


    La grande majorité de ceux qui s'intéressent au bouddhisme croient généralement qu'il n'existe que quatre écoles bouddhistes tibétaines : nyingmapa, kagyüpa, sakyapa et guélougpa. Pourtant, il en existe une cinquième, pour le moins méconnue du grand public !
    Cela devrait changer... ne serait-ce qu'en octobre prochain, lors de la transmission de l'enseignement et de l'initiation de Kalachakra que le XIVe Dalaï-Lama effectuera à Graz, en Autriche. Parmi les maîtres tibétains invités à participer à cette semaine exceptionnelle, on comptera en effet le Lopön Tenzin Namdak, maître spirituel du Yungdrung Bön.

    Cette école proprement tibétaine est présente en France depuis déjà quelques années. C'est en 1995 que Tenzin Namdak s'est rendu pour la première fois dans notre pays et, depuis, il revient chaque année, pour enseigner durant un mois complet.
    Une association a d'ailleurs été créée dès 1996, qui dispose d'un site Internet et rassemble, chaque semaine, à Paris, un groupe de pratiquants. L'enseignement du Yungdrung Bön, comme celui de l'école nyingmapa, culmine avec la pratique du Dzogchen ou « Grande Perfection ». Mais là n'est pas la principale originalité de cette école...

    Si le Yungdrung Bön est si mal connu, c'est que le public le confond avec la religion populaire ancestrale des Tibétains, essentiellement chamanique, qu'on nomme aussi Bön - mais Bön tout court... Le Yungdrung Bön, lui, doit être considéré comme une école bouddhiste à part entière. Elle se réclame cpendant d'un autre Bouddha que Sâkyamuni, antérieur à lui et originaire d'Asie centrale.
    Ce Seigneur Tönpa Sherab Miwoche aurait vécu plusieurs milliards d'années avant Sâkyamuni et aurait transmis ses enseignements aux habitants d'un pays aujourd'hui disparu, le Shang Shung, situé dans une région constituée de l'actuel Ladakh et du nord-ouest du Tibet.

    Comme pour « notre » Bouddha, sa doctrine et les rituels qui l'accompagnent ont pour but de délivrer les êtres plongés dans la souffrance et l'Illusion. Cependant, le canon du Yung-drung Bön est différent de celui des écoles bouddhistes tibétaines. Il se compose de trois ouvrages principaux : le Do-du, un recueil d'aphorismes, le Zermig, ou « oeil perçant », que l'on considère comme un ensemble de « textes trésors »  (terma) redécouverts aux Xe et XIe siècles, et, enfin, du Zhiji («le Glorieux»), d'abord transmis oralement avant d'être mis par écrit au XIVe siècle.
    Tous ces textes évoquent l'essence profonde de l'état naturel de l'esprit, non né et immuable, et proposent de guider les êtres vers le plein Eveil. Les différences avec  le bouddhisme sont parfois très ténues, au point qu'on peut penser qu'il s'agirait bien, en effet, d'une tradition antérieure à l'introduction « officielle »  du bouddhisme « indien » au Tibet, au VIIIe siècle.

    Au cours de l'histoire, le Yungdrung Bön eut  plusieurs fois à souffrir des autres écoles bouddhistes, pour des raisons le plus souvent politiques, alors même que les relations spirituelles étaient fréquentes entre elles. Au milieu du XIXe siècle, les maîtres Yungdrung Bön comptaient d'ailleurs parmi les animateurs du mouvement non sectaire Rimé, qui chercha à sauvegarder la pureté de la Tradition bouddhiste tibétaine.

    Plus récemment, comme les autres écoles, le Yungdrung Bön subit lui aussi  les destructions de monastères et les massacres de moines et d'enseignants perpétrés par l'occupant chinois... Le Lopön Tenzin Namdak connut lui-même les prisons chinoises, en 1960, avant de pouvoir s'enfuir au Népal. En compagnie d'autres enseignants exilés, et soutenu par les encouragements personnels du Dalaï Lama, il pourra finalement fonder deux monastères importants, en Inde et au Népal, qui forment aujourd'hui de nombreux moines et « docteurs » (gueshé).
    C'est vers la France, très bientôt, que ses efforts de « constructeur » se dirigeront... Une propriété importante vient d'être offerte, en Normandie, qui devrait accueillir, à terme, un centre  dédié à l'étude et à la pratique, peut-être même une congrégation, voire - plus tard - un institut de recherche, notamment dans le domaine de la médecine traditionnelle. 


    Lopön Tenzin Namdak

    Hospitalisé au tout début du mois de juin, à la suite d'une violente crise de tuberculose intestinale, le Lopön devrait très prochainement être rapatrié en France. Il doit en effet diriger la grande retraite annuelle qui se déroulera, au mois de septembre prochain,  en Aveyron !
     

    Pour en savoir plus :
    Le site Internet : http://www.yungdrung-bon.org
    Ouvrages :
    « Les Prodiges de l'esprit naturel » Tenzin Wangyal, Le  Seuil, Points Sagesses, Paris, 2000
    « Les Sphères du coeur », Sharda Tashi  Gyaltsen, Les Deux Océans, Paris, 1999.

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