La grande majorité de ceux qui s'intéressent
au bouddhisme croient généralement qu'il n'existe
que quatre écoles bouddhistes tibétaines : nyingmapa,
kagyüpa, sakyapa et guélougpa. Pourtant, il en existe
une cinquième, pour le moins méconnue du grand
public ! Cela devrait changer... ne serait-ce qu'en octobre
prochain, lors de la transmission de l'enseignement et de l'initiation
de Kalachakra que le XIVe Dalaï-Lama effectuera à
Graz, en Autriche. Parmi les maîtres tibétains
invités à participer à cette semaine exceptionnelle,
on comptera en effet le Lopön Tenzin Namdak, maître
spirituel du Yungdrung Bön.
Cette école proprement
tibétaine est présente en France depuis déjà
quelques années. C'est en 1995 que Tenzin Namdak s'est
rendu pour la première fois dans notre pays et, depuis,
il revient chaque année, pour enseigner durant un mois
complet. Une association a d'ailleurs été créée
dès 1996, qui dispose d'un site Internet et rassemble,
chaque semaine, à Paris, un groupe de pratiquants. L'enseignement
du Yungdrung Bön, comme celui de l'école nyingmapa,
culmine avec la pratique du Dzogchen ou « Grande Perfection
». Mais là n'est pas la principale originalité
de cette école...
Si le Yungdrung Bön est si
mal connu, c'est que le public le confond avec la religion populaire
ancestrale des Tibétains, essentiellement chamanique,
qu'on nomme aussi Bön - mais Bön tout court... Le
Yungdrung Bön, lui, doit être considéré
comme une école bouddhiste à part entière.
Elle se réclame cpendant d'un autre Bouddha que Sâkyamuni,
antérieur à lui et originaire d'Asie centrale. Ce
Seigneur Tönpa Sherab Miwoche aurait vécu plusieurs
milliards d'années avant Sâkyamuni et aurait transmis
ses enseignements aux habitants d'un pays aujourd'hui disparu,
le Shang Shung, situé dans une région constituée
de l'actuel Ladakh et du nord-ouest du Tibet.
Comme pour
« notre » Bouddha, sa doctrine et les rituels qui
l'accompagnent ont pour but de délivrer les êtres
plongés dans la souffrance et l'Illusion. Cependant,
le canon du Yung-drung Bön est différent de celui
des écoles bouddhistes tibétaines. Il se compose
de trois ouvrages principaux : le Do-du, un recueil d'aphorismes,
le Zermig, ou « oeil perçant », que l'on
considère comme un ensemble de « textes trésors
» (terma) redécouverts aux Xe et XIe siècles,
et, enfin, du Zhiji («le Glorieux»), d'abord transmis
oralement avant d'être mis par écrit au XIVe siècle. Tous
ces textes évoquent l'essence profonde de l'état
naturel de l'esprit, non né et immuable, et proposent
de guider les êtres vers le plein Eveil. Les différences
avec le bouddhisme sont parfois très ténues,
au point qu'on peut penser qu'il s'agirait bien, en effet, d'une
tradition antérieure à l'introduction «
officielle » du bouddhisme « indien »
au Tibet, au VIIIe siècle.
Au cours de l'histoire,
le Yungdrung Bön eut plusieurs fois à souffrir
des autres écoles bouddhistes, pour des raisons le plus
souvent politiques, alors même que les relations spirituelles
étaient fréquentes entre elles. Au milieu du XIXe
siècle, les maîtres Yungdrung Bön comptaient
d'ailleurs parmi les animateurs du mouvement non sectaire Rimé,
qui chercha à sauvegarder la pureté de la Tradition
bouddhiste tibétaine.
|
Plus récemment, comme
les autres écoles, le Yungdrung Bön subit lui aussi
les destructions de monastères et les massacres
de moines et d'enseignants perpétrés par l'occupant
chinois... Le Lopön Tenzin Namdak connut lui-même
les prisons chinoises, en 1960, avant de pouvoir s'enfuir au
Népal. En compagnie d'autres enseignants exilés,
et soutenu par les encouragements personnels du Dalaï Lama,
il pourra finalement fonder deux monastères importants,
en Inde et au Népal, qui forment aujourd'hui de nombreux
moines et « docteurs » (gueshé). C'est
vers la France, très bientôt, que ses efforts de
« constructeur » se dirigeront... Une propriété
importante vient d'être offerte, en Normandie, qui devrait
accueillir, à terme, un centre dédié
à l'étude et à la pratique, peut-être
même une congrégation, voire - plus tard - un institut
de recherche, notamment dans le domaine de la médecine
traditionnelle.
|
 Lopön
Tenzin Namdak
|
Hospitalisé au tout début du
mois de juin, à la suite d'une violente crise de tuberculose
intestinale, le Lopön devrait très prochainement
être rapatrié en France. Il doit en effet diriger
la grande retraite annuelle qui se déroulera, au mois
de septembre prochain, en Aveyron !
Pour en
savoir plus : Le site
Internet : http://www.yungdrung-bon.org Ouvrages
: « Les Prodiges de l'esprit naturel » Tenzin
Wangyal, Le Seuil, Points Sagesses, Paris, 2000 «
Les Sphères du coeur », Sharda Tashi Gyaltsen,
Les Deux Océans, Paris, 1999.
retour en haut
de page
|